Même Total ! Son patron, Christophe de
Margerie, affirme être "agacé" par la polémique lancée par les écologistes (comme si il n'y avait qu'eux ! S'il y a bien un sujet qui fait l'unanimité politique parmi
nos élus et la population, c'est bien celui là.). Il affirme, sans rire (on suppose) : "on ne sait pas s'il y a des gaz de schiste en France, c'est
bien de parler des problèmes que cela peut poser, si un jour il y en a, mais aujourd'hui, il n'y en a pas ". Il poursuit, en parlant des explorations déjà
engagées : " Ce ne sont pas des forages d'exploration, ce sont des forages verticaux, sans injection de quoi que ce soit, qui permettent d'aller reconnaître
le sous-sol » (il faut croire que reconnaître le sous-sol, ce n’est pas l’explorer ???). Si tout cela n'était pas une catastrophe écologique majeure en
devenir, on serait plié de rire. Un parfait exemple de langue de bois et de mauvaise foi.
Sur RMC, Claude Allègre (géochimiste), qui n'est pas réputé
pour son soutien à la cause écologique, a déclaré que l'exploitation du gaz de schiste était sale et qu'il n'y était pas favorable (sale, favorable, qu’en termes subtiles, ces choses là sont
dites).
Mais, revenons à la réaction de la ministre de l’écologie.
Répondant à la question d’une députée, celle-ci a précisé : « nous confions (…..)
aux conseils généraux de l’industrie et de l’environnement -1-, une mission pour
évaluer les enjeux, et d’abord les enjeux environnementaux, des gaz de schiste » (voir notre article du 7 février 2011 – gaz de schiste :
c’est loin d’être fini !).
Par ailleurs, elle reconnait : « il y a eu une sous-évaluation des inquiétudes environnementales
au moment de l’attribution des autorisations d’exploitation » (Bravo M.Borloo ! Incompétence, cynisme ou intérêt ?) et
précise : « l’exploitation n’est cependant pas autorisée, rien ne nous y oblige, et si on ne veut pas l’autoriser, on ne le fera
pas ». Elle termine par cette affirmation : « il n’est pas question d’exploiter les gaz de schiste
comme aux Etats Unis ».
Une petite remarque quand même, mais d’importance. Le code minier interdit tout moratoire au sujet des contrats passés concernant les
permis d’exploration du gaz de schiste. C’est l’argument du ministère pour justifier son attitude. Il n’en sera pas de même pour les permis d’exploitation qui,
eux, ne sont pas encore attribués. Là, le ministère ne pourra pas s’abriter derrière cette excuse.
Revenant sur la mission confiée aux conseils généraux de l’industrie et
de l’environnement, elle affirme qu’ « aucune autorisation de travaux sur le gaz de schiste ne sera donnée, ni même instruite avant le résultat de cette
mission ».
Elle définit l’enjeu comme étant le suivant : « l’enjeu est très simple : est-il possible en France, d’exploiter ces
gisements (….) proprement ? ….. Si ce n’est pas possible, ces gisements ne seraient pas mis en exploitation ».
Les organisations écologistes, dans leur ensemble, accueillent, plutôt
favorablement, ces prises de position, considérant cela comme un répit.
Mais, il y a lieu de rester très vigilants, en effet la création d’une
mission fait toujours douter.
D’abord, il est peu probable que les industriels, détenteurs des permis de
recherche, ne se battent pas pour exploiter cette nouvelle source d’énergie.
Les enjeux financiers doivent être colossaux.
Une réunion avait lieu entre les ministres de l’environnement et de
l’énergie, jeudi dernier (à la fin de cet article, nous reproduisons le compte rendu de cette réunion -2-), et l’on voit bien,
ne serait-ce que parce qu’ils ont demandé une prolongation du temps d’exploration égale au retard que leur fait prendre la mission, qu’ils n’ont aucunement l’intention de
lâcher prise.
C'est donc aux citoyens, aux associations de défense de l'environnement et aux
politiques soucieux de l'avenir de notre planète de continuer d'expliquer, de sensibiliser.
Il faudra surtout être très attentif à l’évolution de la situation
pendant les six prochains mois.
John Doe
-1- Qui participera à cette mission ?
- des membres du CGIET (Conseil général de l'industrie, de l'énergie et des technologies) : "le CGIET - ndlr : sous la présidence du
ministre de l'industrie - comprend des membres permanents : ingénieurs généraux des mines (IGM) et contrôleurs généraux économiques et financiers (CGEFI) affectés au CGIET, et des
membres associés nommés pour trois ans par le ministre chargé de l'économie sur proposition du vice-président. Il comprend également des chargés de mission...."
- des membres du CGEDD (conseil général de l’Environnement et du Développement durable).
Ce CGEDD "a pour mission d’informer et
de conseiller les pouvoirs publics, d’inspecter,
d’auditer et
d’évaluer les services et organismes chargés de
mission de service public, dans les domaines de ses compétences. Il est placé sous l’autorité du ministre chargé de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable, et de la Mer qui le
préside".
-2- Compte rendu de la réunion :
Les industriels détenteurs de permis de recherche (*) de gaz ou
d'huiles de roche-mère, aussi appelés gaz et huiles de schiste ont été reçus jeudi par les ministres de l'écologie (Nathalie Kosciusko-Morizet) et de l'énergie (Eric Besson).
Ont participé à cette rencontre les représentants de :
-
Schuepbach Energy LLC pour la recherche de gaz dans les départements de l'Ardèche, du Gard, de
l'Hérault, de l'Aveyron et de la Lozère, et Total Gas Shale Europe pour les départements de l'Ardèche, de la Drôme, du Vaucluse, du
Gard et de l'Hérault,
-
Toreador Energy France associé à Hess Oil France pour la recherche d'huiles dans les départements de
Seine-et-Marne, de l'Aisne, de l'Aube et de la Marne, et Vermilion Rep pour le département de Seine-et-Marne.
-
Gdf Suez était également représenté au titre de ses négociations avancées avec Schuepbach Energy
LLC.
Les ministres ont pris connaissance de l'avancement des travaux d'exploration planifiés par les industriels.
Il en ressort que pour Schuepbach Energy LLC, 2 forages sont prévus en octobre 2011 mais les opérations demandent des préparatifs (juridiques, techniques, financiers,
etc.) dès le mois de mars.
Ensuite, pour Total Gas Shale Europe un premier forage doit débuter en 2012 pour une demande des préparatifs dès septembre 2011.
Après, Toreador Energy France et Hess Oil France prévoient le forage de 3 puits verticaux, le premier dès le mois de mars 2011 sur le permis de Château-Thierry avec
possibilité de test ultérieur de fracturation hydraulique, les travaux étant encadrés par trois arrêtés préfectoraux du 12 octobre 2010 ; le forage d'un puit vertical sur le permis de Mairy, le
dossier d'ouverture des travaux étant à l'instruction depuis le 17 janvier 2011,
Enfin, Vermilion Rep, a prévu un test fin février 2011 de fracturation hydraulique sur 3 puits existants des concessions de Donnemarie, Champotran et Chaunoy
(hydrocarbures conventionnels), les travaux étant chacun encadrés par un arrêté préfectoral du 4 février 2009 ; un carottage par forage d'un nouveau puits sur la concession de Champotran, les
travaux étant encadrés par le même arrêté ; un carottage par forage d'un nouveau puits vertical sur le permis de Saint-Just-en-Brie, le dossier d'ouverture des travaux étant à l'instruction
depuis 1er février 2011. Cette entreprise a par ailleurs une production inférieure à 10 m3 par jour d'huiles de roche-mère à partir de 2 puits en Seine-et-Marne ayant fait l'objet de test terminé
de fracturation hydraulique.
Les ministres ont informé les industriels de la mission qu'ils ont confiée conjointement au Conseil Général de l'Industrie, de l'Énergie et des Technologies (CGIET) et au Conseil Général de
l'Environnement et du Développement Durable (CGEDD) afin d'éclairer le gouvernement sur les enjeux économiques, sociaux et environnementaux des hydrocarbures de roche-mère (gaz et huiles de
schiste). Un rapport d'étape doit être remis pour le 15 avril 2011 et le rapport final pour le 31 mai 2011. Les rapports seront rendus publics et les conclusions en seront tirées avant
fin juin 2011.
Il a été décidé conjointement :
-
pour Schuepbach Energy LLC et Total, de n'entreprendre aucun forage et plus généralement
aucune opération technique de terrain avant que les conclusions du rapport de la mission CGIET-CGEDD ne soient tirées,
-
pour Toreador Energy France et Hess Oil France, et Vermilion Rep, de différer le forage des
puits après la remise du rapport d'étape et de n'entreprendre aucune fracturation hydraulique avant que les conclusions du rapport final de la mission précitée ne soient tirées.
Les ministres ont pris acte de l'intérêt des industriels
pour une éventuelle prolongation de la durée des permis d'exploration afin de prendre en compte ces décisions. Les industriels se sont également engagés à pleinement coopérer avec la mission CGIET-CGEDD, ainsi qu'à prolonger
et à approfondir le dialogue avec les élus et la population en amont de leurs travaux sous des formes qu'ils préciseront prochainement.
Une réunion du même acabit sera organisée immédiatement après la remise du rapport d'étape et une autre après la remise du rapport final.
« Je me réjouis de l'état d'esprit coopératif dont ont témoigné les industriels. Face à ce nouveau défi, nous nous posons de nouvelles questions et je suis confiant dans l'aptitude de la
mission à identifier les réponses qui s'imposent » a déclaré Eric Besson.
Pour sa part, Nathalie Kosciusko-Morizet a conclu : « Nous avons pu obtenir un consensus de l'ensemble des acteurs présents pour suspendre les travaux d'exploration des gaz de schiste et de
fracturation hydraulique et pour mieux associer les élus et la population. »
(*) Les permis de recherche sont des permis d'exploration dont l'objectif est d'acquérir une meilleure connaissance géologique du sous-sol et d'évaluer
l'existence d'un gisement et de son potentiel éventuel en tenant compte de la nécessité de respecter l'environnement. Ces permis font
tous l'objet d'une information publique.